

Critiques - Films Français (98 topics, 115 messages) Dernier message par Adinaieros, le 20/10 à 11:13:06 |
|
| Adinaieros Rédac' chef ![]() |
Un secret de Claude Miller
Un Secret c’est avant tout le roman de Philippe Grimbert sur les souvenirs de…François Grimbert. Le décalage, très léger, n’est pas innocent, et Claude Miller ne s’y trompe pas (« inspiré de personnages et de faits réels » annonce-t-il avant le début réel du film) : on a un récit, qui est un récit de fiction, mais qui trouve ses racines dans la vie de la famille de l’auteur. D’ailleurs tout le film c’est ça : quel a été cette vie et comment la raconter, comment en parler alors qu’il ne l’a pas vécu et que cette histoire reste un secret ? Le secret en lui-même n’est ni très difficile à deviner, ni particulièrement original (même si comme tout secret de famille, il y a un effet gigogne). Mais l’intérêt n’est pas là. L’intérêt se trouve dans le devoir de mémoire, non pas dû à un récit profondément inscrit dans celui de l’Holocauste, mais bien dans le devoir de la mémoire familiale. Une double problématique donc : individuelle (connaître son passé) et collective (le transmettre). Et si le livre y arrivait avec un brio indéniable (Prix Goncourt des Lycéens 2004 et Prix des Lectrices de Elle 2005 quand même) qu’en est-il du film ? Et bien j’aurais tendance à dire que j’ai préféré la vision à la lecture. Oui, Miller arrive à pousser l’exploit de réussir l’adaptation au point de faire concurrence (qualitativement j’entends) à l’œuvre originelle. Ceci, particulièrement grâce à une narration d’une limpidité absolue : c’est simple, malgré des trames narratives se contredisants, s’entremêlant et ce sur près de 50 ans, le film reste en permanence un modèle de lisibilité.
Tiana et Maxime : un couple de sportifs
Le film est également un modèle de réalisation, Miller faisant ce que peu de réals se permettent dans le monde, et encore moins en France : modifier en cours de récit sa manière de filmer, faire des choix sans cesse différents mais toujours d’une pertinence rare. A vrai dire, dans un film d’une telle sobriété, et sur un sujet aussi « grave » ce doit même être la première fois que je vois autant d’expérimentation filmique faites à aussi bon escient. La caméra s’attarde ainsi régulièrement sur les corps, le personnage de François, malingre, étant géné par son physique. On voit donc dans le début du récit beaucoup de plans de coupes sur des jambes, des épaules et surtout pas mal de plans là pour magnifier les corps des deux acteurs sculpturaux que forme le couple Patrick Bruel/Cécile de France (tous les autres physiques étant d’ailleurs au contraire plutôt rabaissés, cf la photo de Sagnier ci contre). A ce sujet les acteurs incarnent à la perfection leur rôle. Aucun n’est facile car aucune histoire n’est évidente et aucun personnage ne peut se targuer d’avoir raison, ce n’est d’ailleurs pas le genre d’histoire où quelqu’un a raison. Ceci dit SPOILER la conclusion de l’histoire d’Hanna est glaçante et si le personnage de Maxime est sans doute a l’origine d’une telle réaction extrémiste, le geste est désespérant…et les quatre mots prononcés sont horribles…FIN SPOILER En résumé on a une adaptation exemplaire, un casting parfait qui joue tout en justesse (les gestes non soulignés par la réalisation sont sans doute les plus beaux), une réalisation tout en finesse, une des plus belle de l’année, tout ça au service d’une histoire mélancolique, déchirante dans la scène climax du film, bien écrite et qui mêle avec intelligence la petite et la grande histoire. Une réussite. 5/6 (un des meilleurs films de l’année) ~Vous voulez réagir ? Si vous êtes inscrits allez en parler dans le forum. Sinon, inscrivez-vous !~ Message modifié le 21/10 à 01:46:48 par Adinaieros. |
|
Vous ne pouvez pas ajouter de messages.
Forum gratuit proposé par
v 2.7 alpha 1
-
Un service
-
-
Page générée en 0,046 secondes le 19/11 à 19:10:11.